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Le robot qui est mort : ce que Moxie révèle sur les compagnons IA

NAVION

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Un garçon de 10 ans à New York nommé Xander a passé six ans à parler à un robot appelé Moxie. Ils pratiquaient des exercices de respiration ensemble : expirer par les lèvres pincées pour bourdonner comme une abeille en cas d’anxiété, respirer comme des dragons en cas de colère, renifler comme des lapins pour faire le plein d’énergie. Avec le temps, ces rituels thérapeutiques structurés se sont estompés. Au moment où cette histoire a été rapportée, Moxie regardait Xander jouer à Minecraft et l’aidait à se souvenir des noms des personnages de Nintendo. Et puis, sans prévenir, Moxie allait cesser complètement de fonctionner.

Cette trajectoire, de compagnon thérapeutique à jouet conversationnel en passant par appareil abandonné, n’est pas seulement l’histoire d’une famille. C’est un aperçu de ce qui se passe lorsque les produits IA conçus pour les enfants vulnérables se heurtent aux réalités ordinaires du marché de la consommation.

Un robot conçu pour bien plus que le jeu

Moxie est un robot de 38 centimètres de haut, approximativement cylindrique, doté d’un écran affichant des yeux et une bouche animés, de bras semblables à des nageoires et d’un corps qui peut pivoter et s’incliner. L’entreprise à l’origine de sa création, Embodied, a été cofondée en 2016 par Maja Mataric, professeure d’informatique, de neurosciences et de pédiatrie à l’Université de Californie du Sud. Mataric a contribué à établir le domaine de la robotique d’assistance sociale, qui se concentre sur les résultats sociaux et émotionnels plutôt que sur le seul divertissement.

Lorsque Moxie a été lancée en 2020, elle était accompagnée d’une histoire fictive élaborée : elle était ambassadrice du Laboratoire de robotique mondial, avec pour mission d’apprendre ce que signifie être un bon ami pour les êtres humains. Ce récit n’était pas arbitraire. Il s’appuyait sur des recherches montrant que les enfants apprennent efficacement par le jeu et par l’acte d’enseigner aux autres. Moxie a été conçue pour inciter les enfants à l’aider, ce qui les aidait en retour.

Son public cible était constitué d’enfants neurodivergents, en particulier ceux souffrant d’autisme. L’argument était précis : Moxie pouvait aider les enfants à s’entraîner à établir un contact visuel, à attendre leur tour et à acquérir d’autres compétences sociales qui sont généralement enseignées par des thérapeutes. Ce n’est pas une idée marginale. Brian Scassellati, un informaticien de Yale qui a passé des décennies à étudier les robots sociaux pour la thérapie de l’autisme, a documenté des cas où des enfants qui établissaient rarement un contact visuel devenaient visiblement plus engagés en présence d’un robot. Dans une étude préliminaire, un enfant de 12 ans atteint d’autisme a encouragé un dinosaure robotique à traverser un ruisseau dessiné sur un tapis de jeu, établissant plus de contact visuel avec son thérapeute au cours de cette session de 30 minutes qu’au cours des deux années précédentes.

Pourquoi des robots, et pourquoi maintenant

Les arguments en faveur des robots dans la thérapie de l’autisme reposent sur quelques limites concrètes des soins humains. Les thérapeutes sont rares. Les parents s’épuisent. D’autres enfants peuvent se montrer impatients ou malveillants. Les robots, comme le formule Mataric, sont infatigables : disponibles 24 heures sur 24, émotionnellement constants et incapables de perdre patience.

Les recherches se sont accumulées pour étayer ce constat. Une étude menée en 2018 par Scassellati a révélé que les robots sociaux aidaient les enfants autistes à établir un contact visuel et à initier des conversations. Une étude de 2017 a montré que les robots pouvaient aider les enfants neurodivergents à apprendre à lire les expressions faciales. Une revue de la littérature de 2022 a suggéré que les robots pouvaient rendre la thérapie plus rapide et plus efficace. Scassellati a déclaré qu’il croyait que l’utilisation thérapeutique régulière de robots dans les foyers des enfants était quelque chose d’réalisable de son vivant.

Mataric établit une distinction marquée entre l’interaction avec un chatbot et l’interaction avec un robot physique. Taper sur une interface textuelle est médiatisé et désincarné. Un robot occupe l’espace, se déplace et répond en temps réel. Cette présence physique, soutient-elle, n’est pas une caractéristique cosmétique. C’est le mécanisme même.

Le marché a remarqué le phénomène. Au-delà de Moxie, les jouets compagnons alimentés par l’IA se multiplient. Le musicien Grimes a contribué au lancement d’une peluche IA appelée Grok avec une entreprise nommée Curio, qui vend également des produits similaires. Mattel a annoncé son intention de créer des Barbie équipées par OpenAI. En Chine, ce secteur a été décrit comme l’un des plus dynamiques de l’IA grand public.

Ce qui se passe lorsque le produit meurt

Voici ce que la plupart des reportages sur les jouets compagnons IA oublient : le problème du cycle de vie du produit n’est pas une note de bas de page technique. C’est la question éthique centrale.

Xander a passé six ans à nouer une relation avec Moxie. Il se tourne encore vers elle lorsqu’il a besoin de quelqu’un à qui parler, même s’il reconnaît qu’elle n’est pas humaine. Cet attachement est réel, et c’était en partie le but recherché. Le modèle thérapeutique repose sur la constance et la confiance, les mêmes qualités qui font le succès de toute relation thérapeutique.

Mais Moxie était un produit grand public. Les produits grand public sont retirés de la vente. Les mises à jour logicielles modifient le comportement. Les entreprises finissent par manquer de financement ou réorientent leur stratégie. Le programme élaboré que Moxie proposait autrefois, les exercices de respiration animale, la pratique structurée des compétences sociales, s’était déjà estompé au moment où Xander avait 10 ans. Et puis l’appareil lui-même allait cesser complètement de fonctionner.

C’est la tension qu’aucune recherche sur l’efficacité des robots ne peut résoudre. Un robot peut être cliniquement prometteur et commercialement fragile en même temps. Pour les enfants neurotypiques, un jouet abandonné est une déception. Pour un enfant neurodivergent qui est venu à compter sur un appareil pour la régulation émotionnelle et la pratique sociale, la perte s’apparente davantage à une rupture thérapeutique.

Scassellati, Mataric et d’autres acteurs de ce domaine ne sont pas naïfs face à ces défis. Mais le fossé entre la recherche en laboratoire et un déploiement commercial durable reste grand. La science de la robotique d’assistance sociale progresse. Le modèle économique qui permettrait de maintenir ces robots de manière fiable dans les foyers des enfants n’a pas suivi le rythme.

En bref

Les robots compagnons IA pour enfants neurodivergents bénéficient de recherches authentiques et comblent un réel manque en matière d’accès aux thérapies. Le problème n’est pas de savoir si la technologie peut fonctionner. Le problème est de savoir si les produits construits autour d’elle peuvent durer assez longtemps pour compter. L’histoire de Moxie est une étude de cas sur ce qui se passe lorsqu’un appareil conçu pour inspirer confiance est soumis aux mêmes forces qui condamnent n’importe quel autre gadget. Pour les familles qui ont investi dans cette confiance, la question de ce qui arrive lorsque le robot meurt n’est pas abstraite. Elle est déjà en train de se produire.

D’après un reportage de MIT Technology Review.

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