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Travail et économie 6 min de lecture

Près d'un sur dix : La formation en IA peut-elle résoudre le chômage des jeunes au Royaume-Uni ?

NAVION

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Dans un centre communautaire situé en face d’une gare routière à Preston, dans le Lancashire, un petit groupe d’adolescents et de jeunes adultes apprend à créer des outils d’IA. Le cadre est modeste. L’ambition ne l’est pas. Un programme pilote du gouvernement britannique teste si la culture de l’IA peut servir de passerelle vers l’emploi pour les jeunes qui se trouvent actuellement totalement en dehors du système éducatif, de l’emploi et de la formation.

Un pilote conçu pour ceux qui sont laissés pour compte

Le programme cible une population spécifique : les jeunes de 16 à 24 ans classés dans la catégorie Neet, un acronyme signifiant “not in education, employment or training” (ni en études, ni en emploi, ni en formation). Près d’un million de jeunes au Royaume-Uni relèvent actuellement de cette catégorie, ce qui représente un peu plus d’un personne sur dix dans cette tranche d’âge. Le bootcamp de Preston fait partie d’un essai mené dans le nord-ouest de l’Angleterre, ouvert à 70 participants qui suivent un cours de trois semaines.

Le programme d’études est pratique. Les participants apprennent à créer des outils d’IA, comprennent comment les entreprises déployant cette technologie l’utilisent, et s’engagent sur des questions d’utilisation responsable. Une session observée pendant le pilote s’est concentrée sur l’importance de données propres et précises dans les modèles d’IA, un concept fondamental qui sous-tend la façon dont ces systèmes fonctionnent réellement dans des contextes du monde réel.

À la fin du cours, les participants se voient proposer une voie d’accès vers des contrats d’apprentissage. Les entreprises impliquées comprennent le distributeur JD Sports, l’entreprise agroalimentaire Heinz, et la société informatique Agilysys. Deux parcours sont disponibles : l’un destiné aux créateurs de contenu qui souhaitent devenir des spécialistes du marketing en IA, et un autre pour ceux qui s’intéressent aux services d’assistance informatique nécessitant une expertise en IA. Il ne s’agit pas de stages génériques. Ce sont des rôles conçus spécifiquement autour des compétences enseignées dans le bootcamp.

Ce que disent réellement les participants et les experts

Les réactions des participants sont révélatrices. Remy Simms, 17 ans, affirme que le cours a changé sa vision de la technologie. Sa formulation mérite d’être soulignée : “Cela montre que l’on peut travailler avec l’IA et qu’on n’est pas obligé de travailler contre elle.” Ce changement de perception, passant de l’IA en tant que menace à l’IA en tant qu’outil, est précisément ce que le programme est conçu pour produire. Khudeija Rafique, 18 ans, y voit une pertinence directe pour sa future carrière, quelle qu’en soit la forme.

La perspective des experts est plus prudente, et plus honnête quant à ce qui reste inconnu. Le Dr Bouke Klein Teeselink, qui fait des recherches sur l’IA et l’avenir du travail au King’s College de Londres, souligne que la base de données probantes sur la manière dont l’IA affecte l’emploi des non-diplômés est mince. Jusqu’à présent, la plupart des préoccupations se sont concentrées sur les rôles des diplômés, en particulier dans des secteurs comme la banque, le conseil et le droit, où l’on s’attend à ce que l’IA absorbe le travail analytique routinier traditionnellement assigné aux jeunes employés. La situation pour les jeunes sortant du système scolaire et les non-diplômés est moins claire.

Teeselink identifie deux questions auxquelles le programme doit répondre pour être considéré comme un véritable succès : si la formation en IA est suffisamment approfondie pour être significative, et si les participants améliorent réellement la productivité des organisations qu’ils rejoignent. Ce sont les bonnes questions. Un bootcamp de trois semaines qui produit une familiarité superficielle avec les outils d’IA est bien différent d’un bootcamp qui dote les jeunes de compétences durables et transférables.

Chris Goulden, directeur général adjoint de la Youth Futures Organisation, ajoute une couche de complexité. L’évaluation de son organisation est que l’IA n’est actuellement pas un moteur principal de la hausse du nombre de Neet depuis la pandémie. Les problèmes de santé mentale et un ralentissement économique plus général sont des facteurs plus importants. Cela étant dit, Goulden ne rejette pas la préoccupation concernant l’impact à plus long terme de l’IA sur le travail de premier niveau. Sa logique est directe : si l’IA supprime le premier barreau de l’échelle de carrière, donner aux jeunes un point d’ancrage dans la technologie elle-même est une réponse rationnelle.

Pourquoi cette expérience compte au-delà de Preston

Voici ce que la plupart des reportages sur cette histoire oublient. Le bootcamp n’est pas principalement une histoire d’IA. C’est une histoire sur ce qui se passe lorsque deux grands problèmes politiques non résolus se croisent, et sur la question de savoir si s’attaquer à l’un peut aider à résoudre l’autre.

Le chômage des jeunes au Royaume-Uni a résisté à des interventions gouvernementales successives. Alan Milburn, ancien ministre du cabinet travailliste, a prévenu que le pays risquait de produire une “génération perdue” sans une action plus décisive, et son analyse montre clairement que les bootcamps en IA ne suffisent en aucun cas à eux seuls. La réforme de l’aide sociale, l’orientation professionnelle et les changements structurels dans la manière dont les contrats d’apprentissage sont proposés font tous partie de sa prescription.

Le projet pilote de Preston s’inscrit dans ce problème plus vaste et plus difficile. Il s’agit d’une intervention ciblée, et non d’une solution globale. Sa valeur réside en partie dans ce qu’il pourrait enseigner aux décideurs politiques : si la formation en IA à ce niveau, dispensée à cette démographie, se traduit par de réels résultats en matière d’emploi et de réels gains de productivité pour les employeurs.

Il y a également un signal à retenir dans l’implication des entreprises. Lorsque des entreprises comme JD Sports et Heinz conçoivent des rôles d’apprentissage spécifiquement autour des compétences en IA pour des jeunes qui n’ont jamais eu d’emploi, cela suggère que la demande pour des capacités liées à l’IA ne se limite pas aux filières de recrutement de diplômés. C’est un point de données significatif, même si ses implications se développent encore.

En bref

Un projet pilote du gouvernement britannique propose des bootcamps de trois semaines en IA à des jeunes classés dans la catégorie Neet, avec à la clé des contrats d’apprentissage dans des entreprises telles que JD Sports, Heinz et Agilysys. Près d’un million de jeunes au Royaume-Uni relèvent actuellement de la catégorie Neet. Les experts préviennent que l’IA n’est pas le principal moteur de ce chiffre, et qu’un cours de courte durée ne peut pas remplacer une réforme structurelle plus large. Ce que le programme peut faire, c’est tester une hypothèse spécifique : doter les jeunes de compétences pratiques en IA, plutôt que de les laisser faire face aux perturbations de la technologie sans préparation, améliore leurs chances sur un marché du travail qui évolue plus vite que la plupart des systèmes de formation ne peuvent le suivre.

D’après un reportage de The Guardian - Technology.

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